Idée Vert 5: Qu'est qu'un Earthship?

Michael Reynolds
     Un earthship, un « vaisseau de terre » ou « vaisseau terrestre » est un bâtiment hors de l’ordinaire, tout à fait avant-gardiste et révolutionnaire, créé par l’architecte Michael Reynolds, dans les années 1970, pour répondre aux problèmes écologiques de notre époque. Les earthships tiennent leur nom du fait que les bâtiments sont partiellement recouverts de terre, ce qui leur donne parfois un air de maison de hobbits, telle qu’on les a vues dans les livres de J.R.R. Tolkien : « Le Seigneur des Anneaux » et « Bilbon le hobbit ».

   Mais un earthship, c’est bien plus qu’une maison d’excentrique. C'est une maison écologique pour les raisons suivantes :
  • Elles sont construites à partir de matériaux soit écologiques, soit recycles (ou les deux)
  • Elles sont autonomes (déconnectés des services réguliers) grâce à l’énergie passive par géothermie, panneaux solaires, petite éolienne, etc.
  • Elle collecte de l’eau de pluie, réutilise ses eaux grises et ses eaux noires pour un minimum de perte
  • Elle possède une serre pour faire pousser sa nourriture à l’intérieur, toute l’année
         

    Matériaux de construction écologiques et/ou recyclés

        Pour construire les earthships, M.Reynolds s’est premièrement demandé « Quels sont les matériaux qui sont à la fois peu dispendieux et que l’on retrouve en grande quantité, peu importe où l’on soit dans le monde? » et comme réponse, il a trouvé : « des déchets (des pneus, des bouteilles de verre et des canettes d’aluminium surtout), du fer et du ciment ».
         L’utilisation de ces "déchets" ou "matières recyclées" ont créé une onde de choc chez les architectes autour de Reynolds, très loin des "matériaux nobles" adorés de bien des grands artistes de ce monde. Pourtant, nous avons déjà extrait tant de ressources naturelles du sol de la planète, et elles trainent désormais dans les décharges. Il faut se rendre à l’évidence que les cours de matières recyclables ou réutilisables sont les mines de demain.

    Murs de pneus remplis de terre compactée en construction
          La première étape de construction d’un earthship, c’est de se trouver des pneus usagers et de compacter de la terre à l’intérieur. Ces pneus deviennent donc les briques du bâtiment.
        Les pneus ne sont peut-être pas des matériaux biodégradable et écologique en soi, et encore moins esthétiques; il n’en reste pas moins qu’ils font des bâtiments "durables" (car ils mettent une éternité avant de se détériorer) et qu’il vaut mieux les réutiliser que… les lancer à la mer ou les empiler dans des décharges. Pour ce qui est de l’esthétisme, ne vous en faites pas, ils sont entièrement recouverts et donc invisibles…
    Décharge de pneus sous la mer...
         Reynolds utilise aussi les cannettes d’aluminium pour renforcir les murs de ciment, par contre, au Québec, notre système de recyclage d’aluminium (de mémoire) est tellement plus efficace qu’aux États-Unis qu’on pourrait laisser tomber. Les bouteilles de verre, selon les plans de Reynolds, sont coupées en deux. Les fonds de bouteilles sont ensuite mis ensemble et placés lors de l’érection des murs, pour laisser filtrer la lumière dans les pièces plus sombres.



    Autonomie et énergies passives

         Les earthships doivent nécessairement être orientés avec les points cardinaux pour que l’énergie passive par géothermie fonctionne. Les vitres de la serre de l’earthship doivent être face au sud, pour laisser entrer un maximum de lumière et de chaleur. Parce que le reste de la maison est couverte de terre, l’intérieur ne surchauffe pas. Et lorsque la température avec la nuit qui tombe, la chaleur emmagasinée dans la terre (et les pneus!) se diffuse lentement dans la maison. Ainsi, aucun chauffage électrique n’est nécessaire. Pas de climatisation non-plus.


         Pour les sceptiques, Michael Reynolds vit dans le désert du Taos, au Nouveau-Mexique, depuis une quarantaine d’années, dans des earthships; les températures y montent à +40°C et descendent jusqu’à -40°C. Il n’y a pas de chauffage dans un earthship ni de climatisation : seulement l’œuvre du soleil et de la terre. Voilà déjà une grosse économie sur une facture d’électricité ou de gaz naturel… ou peu importe la technologie qui chauffe nos maisons!

    Earthship à Chertsey, Québec
        Ensuite, pour les autres besoins en électricité, les earthships fonctionnent avec les panneaux solaires installés sur le toit, au-dessus de la serre, et/ou avec une petite éolienne, selon les conditions du milieu choisi ou la préférence du propriétaire.
         De là l’appellation «maison autonome» : elle n’est pas reliée au réseau d’électricité d’aucune sorte!
          Il y a quelques années que je m’intéresse aux earthships. Avec le temps, cette idée que chaque maison devienne autonome me semble tellement évidente : pourquoi tente-t-on de remplacer des centrales d’électricités polluantes par des centrales d’électricité verte, alors qu’il ne suffirait que d’avoir chacun son système d’énergie verte maison?
          Bien entendu, la raison, c’est l’argent et les profits! Imaginez la réduction des coûts, si tous les pays cessaient la course aux centrales ou barrages, plus de pylônes, ni de poteaux, ni de fils suspendus ou enfouis, sans parler des coûts d’entretien de tout cela…

    Cueillette d’eau de pluie et recyclage de l’eau

         Les earthships sont tous munis d’une citerne qui récolte l’eau de pluie. On peut donc construire ce type d’habitation à peu près n’importe où et avoir le confort d’une eau courante dans la maison, même si on se trouve à 100 km dans les bois. Je me rappelle avoir vu une vidéo où l’équipe de Michael Reynolds a voyagé en Inde suivant le tsunami pour aider les survivants à construire rapidement des abris de survie. Les habitants étaient très réjouis d’avoir un système de cueillette d’eau de pluie, eux qui normalement, devaient marcher plusieurs kilomètres par jour pour se rendre au puits!
         Un principe important dans le design de Reynolds vient de la question suivante : « Pourquoi TOUTE l’eau d’une maison devrait-elle être potable? » Une partie de l’eau de pluie recueillie sera filtrée et optimisée pour être potable et pour les autres usages, elle sera filtrée à un niveau moindre pour prévenir la prolifération des bactéries, mais sans plus. Les eaux grises après usage de la douche ou des éviers sont ensuite dirigées vers la serre, pour nourrir les plantes. Les eaux noires des toilettes, elles, sont évacuées dehors.
          Ce qui m’amène à un sujet encore tabou dans nos sociétés nord-occidentales : les toilettes de compost. Le fumier humain. Nous sommes tellement habitués d’utiliser des toilettes à l’eau (potable!) que l’idée de faire du fumier avec nos défécations nous rebute profondément. Les gens se questionnement même de la salubrité de ce que pourrait faire pousser ce genre de compost. C’est même illégal à certains endroits. Moi-même, j’ai été rebuté par cette idée la toute première fois que j’en ai entendu parler. Si c’est votre cas, rassurez-vous, les earthship ont des toilettes à l’eau. Mais après avoir vu plusieurs sources où des plates-bandes ou des arbres ont été plantés par-dessus des fosses septiques (les racines littéralement dans le fumier humain), ces jardins sont incroyablement prospères. Et même, il est dit que dans le désert de Taos au Nouveau-Mexique, si vous voyez la végétation très pauvre de ce milieu aride devenir soudainement luxuriante, cherchez l’earthship! car ce sera grâce à son rejet d’eau noire dans le sol du désert que ce miracle devient possible.

    Une serre dans la maison

    L'immense serre à l'intérieur de « Phoenix »
         La serre est indispensable pour l’earthship, vous l’aurez compris, pour le système d’énergie passive, ainsi que pour le recyclage des eaux usées. Pour certain, on y met que quelques plantes d’agréables. Pour d’autres, c’est un potager qui peut nourrir la famille, même l’hiver. Dans les earthships les plus extravagants (je pense entre autres au « Phœnix »), la serre est tellement grande qu’elle loge des oiseaux tropicaux, des poissons dans les bassins… et des arbres tropicaux tels que citronnier, avocatier et bananier!


         Pour en savoir davantage sur les earthships, je vous invite à visiter la page officielle de Earthship biotecture, ou la page de « L’Ère des Solutions » de Francis Gendron, notre premier constructeur officiel d’earthships au Québec (diplômé de Earthship Academy) pour visionner une multitude de vidéos explicatives, la plupart en français.

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    Les autres articles « Les Idées Vertes »:

    1. Les pelouses
    2. Les voitures à l'eau
    3. Objectif "Zéro déchets" 
    4. Le chanvre, écologique et multiusages 
    5. Maisons écologiques: « Qu'est-ce qu'un Earthship? »
    6. Charte de "compagnonnage" pour la planification de jardin.



    2 commentaires:

    1. Les géonefs sont une belle base pour développer un jardin à l'esprit de permaculture. Bravo pour votre blog !

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    2. Oui, effectivement, c'est un concept d'habitation qui a tous les éléments en place pour lancer une permaculture! :D Si vous êtes au Québec, il y a en ce moment une grande vague qui déferle pour ce type de construction. :)

      Merci :)

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